Roméo et Juliette, histoire universelle d'un amour éternel
Charles Jude, danseur Etoile de l'Opéra de Paris (faisant partie de la fameuse "génération Noureev") et aujourd'hui maître du Ballet de Bordeaux, a lui-même dansé le Roméo de Noureev, ainsi que le rôle de Tybalt (à voir notamment dans la version filmée de 1995 de l'Opéra de Paris). Cette fois, il est descendu de scène pour proposer sa propre version chorégraphiée de Roméo et Juliette. S'il respecte bien entendu les grandes lignes de la version de Noureev, il opère cependant quelques changements assez surprenants, notamment dans l'histoire : ainsi, le frère Laurent n'envoie pas de lettre à Roméo pour le prévenir du subterfuge (dans l'histoire originale, le messager est tué et c'est pourquoi Roméo pense que sa dulcinée est bel et bien morte), petit détail certes, mais quand même ; enfin détail plus choquant à mon sens, Juliette se réveille avant que Roméo ne meurre (celui-ci apparait donc bien bête lorsqu'il comprend qu'il s'est suicidé "pour rien", ce qui enlève un peu de sa grandeur au personnage). Quelques passages comme le pas de quatre Juliette/Pâris/seigneur et lady Capulet ou encore le pas de trois Juliette/Tybalt/Mercutio disparaissent, avec des procédés empruntés au cinéma, ce qui est dommage je trouve car ils ajoutaient à la dramaturgie.
Mais dans son ensemble le ballet est très beau. Les décors sont simples (peut-être un peu trop?), mais le deuxième tableau, celui du bal chez les Capulet, est magnifique, tout de rouge vêtu! Le tombeau de Juliette est solennel, juste ce qu'il faut, et les colombes qui s'envolent en vidéo à la mort des deux amants passent bien. Une fois de plus je n'ai pas aimé le danseur, pour son côté un peu trop "grand dadais" à mon goût, mais bon, c'est vrai que je suis toujours déçue pour cela. En revanche, la musique de Prokoviev (que j'ai un temps détesté, surtout parce que j'ai passé du temps à massacrer consciencieusement ses partitions au piano) est toujours émouvante. Souvent les musiques de ballet passent plutôt inaperçues, à part quelques unes comme celles de Tchaikovski (le Lac des Cygnes notamment) et ne comportent que quelques moments de grâce (par exemple dans la Bayadère de L. Minkus, on oublie généralement l'ensemble de la musique, mais le solo de violon pour la variation de Nikiya est une pure merveille). Mais dans le cas du Roméo et Juliette de Prokoviev, je trouve qu'elle est vraiment superbe, malgré sa lourdeur apparente ; elle ajoute énormément à l'intensité dramatique, un peu comme quand au cinéma une scène ne serait pas la même sans la musique adéquate. Quant au thème principal, il rend tout simplement les pas de deux magiques (peu importe qui danse).














