Le blog de Mimi Geignarde

Monday, April 06, 2009

Roméo et Juliette, histoire universelle d'un amour éternel

Roméo et Juliette, oui une histoire universelle et intemporelle, adaptée de nombreuses fois. West Side Story, un Roméo et Juliette moderne ; le film Roméo + Juliette de Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio et Claire Danes ; ou encore la pièce d'Irina Brook Juliette et Roméo qui révèle l'extraordinaire modernité du texte de William Shakespeare. Plusieurs films donc, une comédie musicale, il fallait donc bien un ballet ! Et s'il est un genre au ballet, alors "Roméo et Juliette", c'est la tragédie. Plusieurs musiques pour chorégraphier l'histoire des deux amants de Vérone : Berlioz, Tchaikovski, mais surtout Prokoviev. Plusieurs chorégraphes s'y sont attelés, notamment Léonide Lavrovski, John Cranko, Kenneth McMillan, Béjart ou encore Angelin Prejlocaj. Et, bien sûr, Rudolf Noureev.
Charles Jude, danseur Etoile de l'Opéra de Paris (faisant partie de la fameuse "génération Noureev") et aujourd'hui maître du Ballet de Bordeaux, a lui-même dansé le Roméo de Noureev, ainsi que le rôle de Tybalt (à voir notamment dans la version filmée de 1995 de l'Opéra de Paris). Cette fois, il est descendu de scène pour proposer sa propre version chorégraphiée de Roméo et Juliette. S'il respecte bien entendu les grandes lignes de la version de Noureev, il opère cependant quelques changements assez surprenants, notamment dans l'histoire : ainsi, le frère Laurent n'envoie pas de lettre à Roméo pour le prévenir du subterfuge (dans l'histoire originale, le messager est tué et c'est pourquoi Roméo pense que sa dulcinée est bel et bien morte), petit détail certes, mais quand même ; enfin détail plus choquant à mon sens, Juliette se réveille avant que Roméo ne meurre (celui-ci apparait donc bien bête lorsqu'il comprend qu'il s'est suicidé "pour rien", ce qui enlève un peu de sa grandeur au personnage). Quelques passages comme le pas de quatre Juliette/Pâris/seigneur et lady Capulet ou encore le pas de trois Juliette/Tybalt/Mercutio disparaissent, avec des procédés empruntés au cinéma, ce qui est dommage je trouve car ils ajoutaient à la dramaturgie.
Mais dans son ensemble le ballet est très beau. Les décors sont simples (peut-être un peu trop?), mais le deuxième tableau, celui du bal chez les Capulet, est magnifique, tout de rouge vêtu! Le tombeau de Juliette est solennel, juste ce qu'il faut, et les colombes qui s'envolent en vidéo à la mort des deux amants passent bien. Une fois de plus je n'ai pas aimé le danseur, pour son côté un peu trop "grand dadais" à mon goût, mais bon, c'est vrai que je suis toujours déçue pour cela. En revanche, la musique de Prokoviev (que j'ai un temps détesté, surtout parce que j'ai passé du temps à massacrer consciencieusement ses partitions au piano) est toujours émouvante. Souvent les musiques de ballet passent plutôt inaperçues, à part quelques unes comme celles de Tchaikovski (le Lac des Cygnes notamment) et ne comportent que quelques moments de grâce (par exemple dans la Bayadère de L. Minkus, on oublie généralement l'ensemble de la musique, mais le solo de violon pour la variation de Nikiya est une pure merveille). Mais dans le cas du Roméo et Juliette de Prokoviev, je trouve qu'elle est vraiment superbe, malgré sa lourdeur apparente ; elle ajoute énormément à l'intensité dramatique, un peu comme quand au cinéma une scène ne serait pas la même sans la musique adéquate. Quant au thème principal, il rend tout simplement les pas de deux magiques (peu importe qui danse).

Friday, April 03, 2009

Grand Corps Malade, magie démente des mots et d’une voix d’aimant

Un petit article pour rendre hommage à celui qui se joue des mots comme un mage (mais je n'aurai pas la prétention de le slamer)

Un samedi après-midi, avril 2005, je suis tombée amoureuse d’une voix. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai acheté le CD sur les conseils de la meilleure amie de ma mère, étonnée de voir que même mon père savait ce qu’était le « slam » alors que je n’en avais pas entendu parler. Sur la pochette de CD une drôle de silhouette, en jogging, appuyée sur une béquille. Aussitôt rentrée de la FNAC, les fenêtres grandes ouvertes aux airs de printemps, je suis fin prête pour déguster cet air d’un genre nouveau. Il a envahi l’appartement, par surprise. Je ne m’attendais pas à ce choc. Une voix si grave, si profonde ; des mots sensibles qui prennent à la gorge, des souvenirs émouvants contés, racontés, récités ; des énigmes verbales débitées, un marathon de mots imbriqués, entrelacés, il faut prêter l’oreille pour les démêler.

« J’écris à l’oral » : « Quelques instants après, j’ai déterré l’encrier en créant sans prier pour hurler sans crier. Sans accroc, sans vriller, dans la voix l’encre y est. Pour recevoir sans briller et donner sans trier »

Depuis 2005 et son premier album « Midi 20 », le phénomène Grand Corps Malade s’est enflammé, probablement dépassant ses propres espérances. 600 000 exemplaires vendus. Il a popularisé le slam, le sortant des cercles intimistes auxquels il était d’abord réservé. Il a libéré ces inconnus qui écrivent et taisent leurs maux en cachant leurs mots, il leur a rendu leur voix en leur montrant la voie. Ses spectacles font salle comble et l’ovation est devenue rituelle, c'est debout que l'on acclame ses ritournelles. Deux victoires de la musique et un second album, « Enfant de la Ville » plus tard, oui, Grand Corps Malade sait que « ça peut chémar ». Il s’en étonne encore : « bien sûr on y croyait, mais personne ne pensait qu’y aurait des textes de slam au bac de français […] Y’avait plein de gens qui m’écoutaient, j’ai vu des oreilles plein leurs yeux, un tas de cœurs bien intentionnés, y’avaient des jeunes et puis des vieux […] Ils m’ont offert un bout d’histoire où j’ai marché du côté chance ».

« Les voyages en train
» : « Les histoires d’amour c’est comme les voyages en train, et quand je vois tous ces voyageurs parfois j’aimerais en être un ».

Lorsqu’il apparaît sur scène dans le noir et commence à chanter a capella, sa voix s’élève et fait frissonner ; la magie commence. Et elle opère pendant 2H30. Il alterne les textes a capella, les chansons douces (Les Voyages en train), tristes (J’ai pas les mots), engagées (Le blues de l’instituteur), rythmées ou encore les défis techniques comme Père et mère. Difficile de se détacher de sa grande silhouette, lui qui, en jean, baskets et tee-shirt « ça peut chémar » a des allures de grand gamin. Sa voix c’est sa présence, permanente, qui prend à la gorge quelle que soit la chanson. Elles donnent toujours envie de rire, pleurer ou danser. Poète, il se joue des mots et « avance au clair de [sa] plume », il les fait jongler avec tellement de facilité, en bon « chercheur de phases ». Merci pour ces textes qui gonflent le cœur et ces spectacles qui donnent la pêche !

« 4 saisons » : « On les témoins impuissants du temps qui trace, du temps qui veut que les enfants deviennent des grands et que les grands deviennent des vieux »